Déclaration de Damas
UN
APPEL POUR L’ACTION EN FAVEUR DE L’ALPHABETISATION ET DE L’EDUCATION POUR TOUS
« Sans une participation véritable et consciente des femmes et des
hommes dans tous les domaines de la vie, l’humanité ne saurait survive ni
relever les défis de l’avenir». Déclaration de Hambourg, UNESCO 1997.
PREAMBULE
Nous, représentants de 704 organisations non gouvernementales oeuvrant dans
les domaines de la formation des adultes et de l’éducation tout au long de la
vie, évoluant en Afrique, dans les pays arabes, en Asie, dans les Caraïbes, en
Europe, en Amérique Latine, en Amérique du Nord.
-
Réunis à Damas, en Syrie, du 22 au 26 septembre, à
l’occasion de la session ordinaire du Comité Exécutif du Conseil International
d’Education des Adultes, avec le soutien du Ministère de la Culture de la
République Arabe Syrienne,
- Profondément préoccupés
par la faiblesse des résultats obtenus pour ouvrir l’accès et offrir des
opportunités aux adultes (hommes et femmes) dans l’exercice de leurs droits à
l’éducation et à la formation de base,
Nous lançons le présent appel à l’action en faveur de l’alphabétisation et
de l’éducation des adultes.
-
Partout, les citoyens du monde que nous sommes, hommes et
femmes, sommes entrain de chercher des voies pour améliorer notre vie : en
tant qu’apprenants, nous voulons explorer, inventer, modifier, nous interroger,
nous exprimer, chercher et provoquer des opportunités pour continuer
d’apprendre et créer tout au long de la vie, dans nos communautés et au delà.
-
-Le Conseil International d’Education des Adultes et
beaucoup d’autres organisations, durant tous les sommets internationaux de la
dernière décennie : en 1990 à Jomtien, lors de la Conférence Mondiale sur
l’Education Pour Tous ; en (1992) à Rio, lors du sommet mondial sur
l’Environnement ; (1993) à Vienne, lors de la Conférence Internationale
sur les Droits Humains ; en (1994) au Caire lors du sommet sur la
population ; en 1995 à Beijing, lors du sommet sur la Femme et Copenhague,
le sommet sur le Développement Social ; en 1996 à Rome sur l’Alimentation,
en 1997 à Hambourg, sur l’Education des Adultes ; en 1998 à Istanbul sur
l’Habitat ; en 1999 à la Haye sur la Paix.
- Ont souligné que partout l’élément
moteur de la démocratie et du bien être se trouve dans la créativité des
citoyens.
- Nous réaffirmons que le droit
des adultes à l’éducation est un droit universel qui ne peut souffrir ni
discrimination ni, entraves. Nous sommes consternés par le fait que, dix (10)
ans après Jomtien, des adultes des hommes et femmes appartenant aux groupes
défavorisés, des personnes handicapées, des membres des minorités ethniques et
linguistiques, des enfants de la rue et les mineurs au travail, des pauvres des
villes et des campagnes, nomades, migrants, réfugiés sont encore entrain de se
battre pour avoir accès à une alphabétisation de qualité et une éducation de
base et pour continuer d’apprendre tout au long de leur vie d’adultes. Certes
des progrès ont été enregistrés dans le plaidoyer en faveur de la formation
initiale des jeunes, mais ne saurait suffire. Les besoins de formation des
adultes et, en particulier, des parents, la nécessité des adultes de poursuivre
leur formation professionnelle, aussi bien en ville qu’à la campagne ne sont
pas encore satisfaits.
- Dans ce contexte nous saluons
les résultats positifs enregistrés en Syrie dans le cadre des campagnes
d’alphabétisation et d’éducation des adultes. Nous nous félicitons également
qu’au sein des réseaux du Conseil international de l’éducation des adultes, le
CIEA, d’importants développements ont été enregistrés : la consolidation
du réseau arabe en matière d’éducation des adultes, la Renaissance du mouvement
africain d’éducation des Adultes par le lancement du PAALAE (Association
Panafricaine de l’éducation et de la formation des adultes/Pan African
Association For Literacy and Adult Education), l’expertise en matière de genre
illustrée par GEO (le « Gender Education Office » basé en Amérique Latine),
les initiatives innovatrices en matière d’articulation avec les Universités en
Amérique du Nord en relation avec l’association nord américaine (NAAPAE) et
dans les Caraïbes avec l’association sous régionale (CARCAE), le souffle
vigoureux apporté par l’Association Européenne d’Education des Adultes, (EAEA)
en matière d’élaboration de politiques d’éducation et de formation des adultes,
et enfin la consolidation des réseaux thématiques intervenant dans les domaines
de l’alphabétisation des adultes, de la paix et des droits humains, de
l’environnement, du genre.
Quand nous évaluons les résultats des différentes rencontres
internationales en cette fin de siècle (Dakar Avril 2000, c’est à dire JOMTIEN
10 après ; New York juin 2000, c’est à dire Beijing 5 ans après, Genève
Juillet 2000, c’est à dire Copenhague 5 ans après), nous constatons bien les
discours qui, aux plans global et national, proclame la nécessité de
l’éducation des adultes.
Toutefois les réponses sur le terrain demeurent bien en deçà des besoins.
Certes, un consensus global s’est dégagé pour l’allocation des ressources
supplémentaires en faveur de l’alphabétisation et de l’Education des Adultes,
suivant en cela les recommandations de Copenhague et de Hambourg. De nombreuses
résolutions sur l’Education Pour Tous ont insiste sur le soutien à apporter
aussi bien à la scolarisation des enfants et des jeunes qu’à l’éducation des
adultes, afin qu’ils puissent jouer un rôle important dans les activités
économiques sociales politiques et culturelles de leurs communautés :
- On envisage de mettre fin à la
discrimination entre filles et garçons aux niveaux primaire et secondaire d’ici
l’an 2005, et éradiquer l’analphabétisme des adultes d’ici l’an 2015.
- L’Alphabétisation et
l’Education des Adultes sont perçus comme devant permettre aux populations de
vaincre la pauvreté, l’exclusion, gagner et renforcer la démocratie, réaliser
la justice, la paix consciente, développer l’économie et le bien être, assurer
la santé et l a sécurité alimentaire.
- On reconnaît que l’Education des
Adultes aide à prévenir et éliminer les discriminations liées au genre, à la
race, les fléaux sociaux comme la violence contre les femmes, la toxicomanie,
les destructions de l’environnement, le sida etc.
Mais nous remarquons surtout que, dans la majorité des cas, les politiques
et les pratiques ne sont pas à la hauteur de ces attentes. On reconnaît que
l’alphabétisation et l’éducation des adultes sont d’une importance capitale,
mais, dans les faits, les populations n’ont pas les supports et services
nécessaires pour acquérir le nouveau métier demander, pour devenir citoyen
compétent, pour participer efficacement à l’économie informelle, pour leurs
aspirations personnelles en matière d’apprentissage.
L’application des plans en faveur de l’alphabétisation, de l’éducation des
adultes et de l’apprentissage tout au long de la vie rencontre des difficultés
économiques, des obstacles liés aux conflits ethniques, aux déplacements forcés
des populations, à l’occupation étrangère, à la violation des droits des
peuples indigènes, à la poursuite des dépenses militaires.
Ainsi donc, à quelques exceptions près, les plans nationaux en matière
d’éducation soit n’ont pas intégré, soit ont royalement ignoré
l’alphabétisation et l’éducation des adultes, malgré des engagements des
gouvernements à adopter et à appliquer les résolutions dont nous avons fait
mention. Et lorsque des cadres d’action ont été mis en place, les mécanismes
pour l’application font souvent défaut.
Malgré l’engagement des gouvernements à associer les ONGs et d’autres
groupes de la société civile dans l’élaboration et la formation des plans,
l’application et l’évaluation, ce partenaire n’est pas encore en œuvre comme on
pouvait l’espérer.
Il est dès lors important pour tous ces acteurs d’identifier et de
respecter le rôle de chacun, de redoubler d’énergie, d’évaluer leurs propres
actions, de rendre compte aux partenaires, surtout aux communautés dans la
transparence.
En ce qui nous concerne, nous reconnaissons que notre mouvement et les
réseaux qui s’y sont joints n’ont pas été assez influents et présents jusqu’à
maintenant pour redresser la situation,
informer et influencer les décideurs aux plans national, régional.
C’est pourquoi nous lançons le présent appel.
Nous ne pouvons pas attendre jusqu’à ce que prochaine génération obtienne
une meilleure scolarisation : la demande pour une participation citoyenne
consciente est immédiate.
Les incertitudes et les risques auxquels sont confrontées présentement les
populations requièrent, sans délais, un soutien pour une participation
créative, et une plus grande compétence. C’est maintenant et non en 2015
qu’hommes et renforcer leur autonomie d’action. Nous avons assez de
connaissance et d’expérience à travers le monde pour montrer que l’éducation et
la formation des adultes au service des communautés peut apporter des
changements significatifs. Le temps est venu de la rendre accessible et
effective pour tous.
Le droit d’apprendre tout au long de la vie ne sera pas cultivé et la
revendication des adultes pour renforcer leurs capacités à agir ne sera pas
satisfaite sans la participation, le développement d’ONG qui acceptent de se
remettre en cause et de réorienter vigoureusement leurs pensées et leurs
actions à l’échelle globale et régionale, à travers des réseaux et des
programmes pertinents.
Nous lançons un appel aux gouvernements, aux agences bilatérales et
multilatérales, aux organisations non gouvernementales et aux citoyens du
monde :
- pour l’élaboration, le
renforcement, l’application de politiques et de législation positives,
l’augmentation de moyens financiers pour l’alphabétisation, l’éducation des
adultes et l’apprentissage tout au long de la vie,
- pour l’implication des
organisations intervenant dans le cadre de l’alphabétisation et l’éducation des
adultes dans ces groupes de travail internationaux et régionaux mis en place en
vue d’appliquer les violations adoptées au Forum de Dakar en avril 2000.
-
Pour une insertion et une articulation de
l’alphabétisation, de l’éducation des adultes et de l’apprentissage tout au
long de la vie, aux stratégies d’Éducation Pour Tous dans le cadre des plans
nationaux et groupes de travail prévus en 2001, conformément aux engagements
pris à Dakar.
- Pour un renforcement des contributions de tout le système de Nation Unies incluant l’UNESCO, l’UNICEF, la FAO, l’UNIFEM, la Banque Mondiale, l’OIT, le PNUD, le FNUAP, l’ONUSIDA, l’OMS, dans la Lutte pour l’alphabétisation, l’éducation et la formation des Adultes.
- Pour le renforcement des capacités des organisations et des réseaux présentement actifs dans le domaine de l’alphabétisation, de l’éducation et de l’apprentissage tout au long de la vie, aussi bien aux niveaux local, national, sous régional, régional qu’international.
- Pour l’intensification des
échanges d’informations, de la coopération entre les organisations et les
réseaux dans les domaines de l’alphabétisation de l’éducation des adultes et de
l’apprentissage tout au long de la vie.
- Pour un développement équitable
des nouvelles technologies de la communication et la prise en compte du rôle
grandissant de médias et de l’enjeu de la réduction du « fossé
informatique ».
- Pour un soutien à l’Institut de
l’UNESCO pour l’Education (Hambourg) en tant que structure des Nations Unies
pour l’éducation et la formation des Adultes, qui doit préparer pour 2003 la
réunion d’évaluation de la Ve Conférence Internationale sur l’Education des
Adultes (Confintea) qui s’était tenue à Hambourg en 1997.
En ce qui nous concerne, nous, au niveau du CIEA nous prenons les
engagements suivants :
-
La mise en place effective d’un processus de
surveillance, observatoire, du droit
l’alphabétisation et à l’éducation et formation des Adultes.
-
La préparation d’un rapport sur la situation de l’éducation
et de la formation des Adultes dans le monde.
-
La promotion de la semaine des Apprenants à travers le
Monde.
- La convocation du 10 au 13 Août 2001 en Jamaïque d’une Assemblée Mondiale des organisations de la société civile concernées par l’alphabétisation, l’éducation des adultes et l’apprentissage tout au long de la vie.
C’est le temps de passer des discours à l’action.
Signé : Le Comité exécutif du Conseil
international de l’éducation des
adultes