Pauvreté, Éducation et Travail
Graciela C. Riquelme
CONICET-UBA - Argentine
La pauvreté et l’exclusion sont des dimensions
structurelles très difficiles à retourner pour des
vastes secteurs de la population de pays de
l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique Latine, et
quelques groupes de pays développés. La situation
sociale et économique de ces régions est de plus en
plus duelle car il coexistent des secteurs
concentrés à haut niveau de vie avec une
distribution inégale d'occupations et de revenus qui
laisse dans la pauvreté, voire dans l'indigence, des
masses d'hommes et de femmes des secteurs populaires.(*)
Nous constatons dans nos sociétés, et en faisons
partie, d’un double discours et d’une situation
duelle contradictoire où tout en reconnaissant la
pauvreté et l’exclusion, nous faisons partie de
processus accélérés de développement scientifique et
technologique. Pour cette raison, dans ces
réflexions que je présente au Séminaire Virtuel de
l'ICAE, je prétends mettre en relief le caractère de
ces contradictions, les dévoiler pour qu’elles
soient toujours le contexte d’interprétation dans
l'exposition des exigences et des demandes aux
gouvernements, aux organismes internationaux et à
toutes les occasions où les prestations et les
prises de décisions soient impliquées, en faveur des
secteurs exclus.
Le monde reconnaît et perçoit des processus où
l’accélération du développement scientifique et
productif est rapide, une nouvelle division de
l’économie et du travail entre les pays, et une
modernisation et mondialisation généralisées. Mais
en contrepartie, la polarisation de la distribution
de la richesse augmente, concentrant les bénéfices
sur peu de gens, avec une grande inégalité entre des
groups sociaux et la persistance des politiques
traditionnelles qui n’arrivent pas à s’occuper des
situations différentielles et particulières des
populations indigènes, des minorités ethniques, des
populations indigentes et exclues de la société.
Dans ce contexte, les demandes pour l’éducation pour
tous (EPT) coexistent avec des demandes d’excellence
pour la formation de ressources humaines dérivées
des politiques industrielles, de développement
agricole, des avances du développement scientifique
et technologique. La politique éducative se débat
entre les pressions pour élargir les offres de
niveaux et d’alternatives d’excellence pour
l’éducation secondaire, supérieure et de troisième
cycle universitaire, flexibles et articulées dans le
domaine international qui, sans doute, lutte contre
la distribution des attributions pour l’éducation de
la population exclue de ces circuits d’élites ou
pour les plus favorisés de notre société (parmi
lesquels nous-mêmes y sommes).
À côté de ces actions de la politique éducative il y
a des politiques du travail orientées à accompagner
les processus de développement économique et social,
à travers des actions d’emploi et de formation pour
les travailleurs bénéficiés par l’emploi structuré,
ou pour des chômeurs de ces marchés par la voie des
assurances travail et formation; tous ces programmes
recouvrent un secteur restreint de la population.
Pendant les dernières décennies on a commencé des
contrôles de certification des compétences et des
savoirs des ouvriers par l’intermédiaire de requêtes
des ministères et des syndicats, orientées à
reconnaître des apprentissages des adultes dehors
les situations de scolarisation.
Pour les objectifs du Séminaire ICAE Confintea qui
visent à discuter les domaines de contrôle pour le
plaidoyer définis par l'ICAE comme prioritaires vers
le CONFINTEA VI:
l’alphabétisation; la
migration et l’éducation des adultes; la pauvreté,
l’éducation et le travail; politiques, éducation et
finances pour l’éducation des adultes, toutes
suivant un coupe transversal par genre, il s'avère
très important de reconnaître la dualité de nos
sociétés et des politiques des états. Nos régions et
nos pays font face à des politiques distinctives en
faveur de certains secteurs qui impliquent plus de
bénéficies pour certains au préjudice d’autres. Il
existe, donc, deux politiques au moins:
- des politiques pour le développement économique,
la science et la technologie, l’éducation et le
travail des secteurs dynamiques de la société,
- d'autres politiques de développement social pour
les exclus ou les marginalisés de la société.
Parmi ces dernières on trouve celles orientées vers
les adultes et l’EPT. Cette fragmentation de la
société est, sans doute, profondément inégale, et
elle se trouve au centre des causes des problèmes de
la question de la distribution et des attributions
des ressources. C’est pour cette raison que mes
réflexions mettent l’accent sur le fait que les
leaders de l’ICAE et les diplômés des cours de
plaidoyer IALLA - doivent voir clair les
contradictions que ces deux sphères de politiques
impliquent dans la conception et le financement des
politiques pour les adultes et l'EPT. Nous devrions
développer des stratégies plus actives de
renforcement de pouvoir pour la génération de
demandes actives qui occasionnent un vrai «débordement
de ressources» pour étendre des politiques
d’intégration et de promotion de la population
exclue. Ceci ne sera atteint que si les secteurs qui
ont le pouvoir sont conscients de la responsabilité
de mettre en œuvre des politiques actives de
génération d’emploi et d’alternatives qui offrent de
meilleures conditions de vie pour la population (santé,
logement et éducation). L’amélioration de la qualité
de vie de la population et l’éradication de la
pauvreté dépendent de ceci.
Je développe ci-dessous trois questions comme un
apport pour la réflexion : la première tourne autour
de questions du système éducatif et l’éducation des
adultes; la deuxième, sur l’articulation des
politiques et, finalement, remarquer la
préoccupation sur les systèmes de certification des
savoirs et compétences.
1- À propos de l'éducation des adultes dans les
systèmes éducatifs
a) Révision de la notion d’alphabétisation et
d'alphabétisation fonctionnelle pour être inclue
dans une notion étendue d'éducation tout au long de
la vie (LLL)
- Il est nécessaire de favoriser une conscience
plus profonde des groupes nationaux pour la révision
de visions restrictives de l’alphabétisation et
aussi de l’éducation des adultes:
- Une révision critique de «l’éducation pour tous»
tant qu’elle n’inclut que l'éducation de base.
- Il faut exposer la notion de «éducation initiale»
(voir Belanger) comme celle qui fourni les
fondements pour l’éducation tout au long de la vie (LLL).
L’éducation initiale comprend, dans ce cas,
l’éducation pré-primaire, primaire, secondaire et
supérieure ou universitaire.
- Favoriser la reconnaissance de l’éducation tout au
long de la vie comme une éducation initiale plus une
formation générale, scientifique technologique et/ou
éducation polytechnique sous une perspective vaste,
compréhensive, qui permette l'accès et le
développement au monde du travail (avec des entrées
et des sorties tout le long du cycle du travail).
b) Renforcement de la perspective de l’éducation
populaire
- L’éducation publique et l’éducation populaire
des adultes ouvriers doivent être considérées comme
une demande sociale, comme un besoin collectif et
une revendication sociale.
- L’éducation populaire doit être conçue comme un
paradigme qui oriente les actions éducatives par
rapport à une politique pour l'éducation tout au
long de la vie.
- Cette perspective est adressée à la mise en acte
d’une éducation émancipatrice, depuis une profonde
intentionnalité politique, qui part d’une vision de
la société des pays en développement (l’Amérique
Latine, l’Afrique et l’Asie) injuste et
discriminatoire et qui détermine leur option de
travail à côté des groupes ou des clases sociales
exclues de la sphère des décisions sociales dans le
but d'intervenir dans leur organisation et capacité
de participation sociale.
c) Renforcement de la pédagogie de la
participation.
Ceci implique de considérer le rôle de l'État et
la participation sociale dans les décisions de la
politique éducative :
- Considérer l’éducation tout au long de la vie
comme un besoin et un droit de toutes les personnes
et les groupes sociaux devient un droit social dont
l'État doit être responsable et se porter garant.
- Le rôle de l’État en tant que garant ne peut pas
être remplacé par les actions éducatives de la
société civile. Mettre fin à la situation de
pauvreté éducative, démocratiser l’éducation,
assurer une éducation de qualité pour toute la
population tout au long de la vie n'est possible
qu'à travers un renforcement du rôle de l'État.
- Ce rôle de l’État n’implique pas l’imposition
verticale d’une transformation. Une construction
collective et démocratique d’une politique éducative
suppose avoir comme axe la participation de
l’enseignant et de toute la communauté éducative.
- Il est nécessaire de construire une Pédagogie de
la Participation qui génère des instances de
construction collective et d'apprentissage de la
participation réelle dans l'éducation pour toute la
communauté éducative.
d) Défis pour l’éducation et formation pour le
travail
Les défis pour l’éducation que j’expose comme
étant clé dans un processus de récupération de la
structure du système éducatif en fonction de
satisfaire aux besoins éducatifs des adultes
devraient se situer autour de:
- L’orientation de l’éducation et la formation pour
le travail doit être revue pour concrétiser les
exigences urgentes de plus de qualité dans
l’appropriation de savoirs socialement nécessaires.
Ceci implique de concevoir et de créer des activités
qui assurent des espaces d’apprentissage avec plus
d’heures de cours, des heures de récupération, des
espaces de compensation et complémentaires, des
départements de matières ou des ateliers de travail
intensif d’apprentissages.
- La formation des professeurs de l’éducation
technique et secondaire est la base ou le fondement
de toute transformation. Dans ce sens, il faudrait
entreprendre des programmes de formation permanente
renouvelés, qui aillent au-delà des activités de
formation des enseignants de la décennie des années
’90. Il faut qu’ils soient des «programmes sur
mesure» qui impliquent des engagements de réussite
ou de résultats pour chaque enseignant. Parmi
certaines de ces activités on pourrait mentionner
des stages rotatifs.
- Les programmes d’éducation et de formation pour le
travail doivent prioriser aussi la qualité des
savoirs, évitant de développer des activités et des
cours spécifiques focaux qui n’aient pas un
fondement de connaissances solide. Un sujet clé est
la rationalisation des ressources disponibles dans
des programmes qui se superposent depuis des milieux
du secteur public de l'éducation, du travail et de
développement social.
- Il faut ébaucher des lignes de contrôle et de
gestion des savoirs des travailleurs, car la
relation éducation marché du travail implique la
population, sujet actif ou passif de demandes
d’éducation et de formation, l’état et les
politiques sociales, éducatives, du travail, le
secteur privé qui offre l’éducation et la formation,
le secteur d’entreprises, des employés des
ressources humains, les syndicats organisés,
représentatifs de certains groupes de travailleurs,
les mouvements sociaux émergeant dérivés de la
situation sociale critique et la société civile.
2- Articulation des politiques d’éducation des
adultes et de l’EPT avec le reste des politiques de
l’État.
Un problème qui devrait s’ajouter au débat sur les
ressources de l’EDA dans l’ensemble des priorités de
l’éducation latino-américaine, asiatique et
africaine comme droit à l’éducation de toutes et de
tous est l’évaluation des ressources appliquées
depuis d’autres domaines de la politique publique
orientées vers des jeunes et des adultes, afin de
pouvoir récupérer des sources de financement pour
l’alphabétisation et la récupération de la
population moins éduquée, dans des situations de
pauvreté et d'exclusion.
Il faut donc:
- faire
pression sur les domaines de gouvernement de
l’éducation afin de hiérarchiser ce niveau laissé de
côté au niveau mondial et exclu à travers des
processus actifs d’articulation de zones de l’état:
- des programmes de formation
et d’emploi;
- des programmes de
développement social;
- des programmes de
microentreprenants, d’économie, d’inclusion;
- des programmes pour des
chômeurs;
- d’autres.
Dans ces programmes, exécutés depuis des ministères
de travail, de développement social ou communautaire
ou de jeunesse, beaucoup de ressources sont
destinées qui, à travers des gestions adéquates et
coordonnées devraient renforcer et élargir les
actions des institutions éducatives des adultes, et
les programmes.
L’idée est de chercher une rationalité majeure dans
les dépenses sociales, dans la politique éducative,
sociale et pour le travail qui renforce l’attention
du droit à l’éducation compris en tant qu’une «dette
sociale avec la population» de nos pays.
L’intégralité des politiques orientées à la mise en
pratique d’une éducation permanente pour la
population suppose reconnaître l’ampliation des
garanties pour :
- l’accès
- la permanence dans les niveaux
- la qualité et la signification des savoirs obtenus
- la récupération éducative des exclus.
La conception de politiques intégrées devrait se
postuler depuis le niveau national à travers les
efforts authentiques «intersectoriels» et de
«coordination des intérêts» entre les multiples
programmes et projets qui doivent s'occuper de ces
populations.
3- Les savoirs menacés par les processus de
certification des compétences.
Dans le contexte critique des situations
socio-économiques des pays en développement et des
situations de marginalité de vastes contingents de
population exclue et pauvre des pays de l'Afrique,
de l'Asie et de l'Amérique, il faut attirer
l'attention sur des difficultés des jeunes et des
adultes pour s'approprier des savoirs socialement
nécessaires ou productifs dans le contexte de
systèmes éducatifs et de formation qui ont été
fragmentés par les reformes des dernières décennies.
Dans les pays centraux on a commencé à développer
des situations où l'on fait une certification des
compétences des travailleurs comme des mécanismes
d’accès et de suivie de la carrière des adultes
travailleurs. Ces systèmes et ces modèles se sont
répandus comme conséquence des pratiques mondiales
des organisations productives pour faciliter le
transit des travailleurs entre les firmes. De même,
et par la voie des organismes internationaux, on a
commencé à transférer ces modèles dans des pays avec
des dettes sociales préalables dans l'éducation, ce
qui implique une juxtaposition des systèmes quand on
a encore d’autres priorités à résoudre. On a
instauré ces pratiques dans les domaines des
ministères du travail, ce qui absorbe des ressources
et détourne l’attention de l’EPT et de l’éducation
des adultes, hiérarchisant des reconnaissances de
réussites de formation en dehors de l'éducation.
Si l’on ne fait attention qu’aux certifications
concrètes et de mise en valeur, on néglige le
contexte de construction des savoirs nécessaires
pour les processus de travail et, surtout, pour le
développement de formation des personnes dans un
projet de vie. Le tableau ci-dessous simplifie la
situation, mais il permet de mettre en évidence les
dimensions en jeu.
Il est important qu’au séminaire de l’ICAE on
reconnaisse ces situations qui détournent des
efforts des politiques éducatives et des ressources
dans des mesures individuelles de succès. Dans la
pratique, ces actions de certification, quant aux
fonctions de formation, d’évaluation et de
certification, sont déléguées à un ensemble
d’institutions publiques et privées autorisées pour
ceci. A ce propos, certaines études avertissent sur
les risques du marché de certifications issu, car il
mène à des pratiques commerciales qui impliquent
parfois des états et des services publics.
Ceci pourrait renforcer la dispersion qui prédomine
dans plusieurs pays, vu la multiplication des offres
d’éducation et de formation pour le travail de
différente qualité et de peu de coordination. La
résolution de ces situations ne peut pas être
laissée au libre jeu de l’offre et de la demande, et
il requiert la réglementation de l’État dans ses
divers niveaux de contrôle.
L’État doit réussir à définir des politiques qui
surmontent l'exclusion sociale, qui offrent plus de
travail dans le cadre d'un développement durable de
la croissance productive et de l'expansion de la
science et la technologie. Il en faudra :
l’expansion de l’éducation secondaire et technique
de plus haut niveau, la conception de programmes
d’éducation et de formation pour le travail en
accord avec l’expansion productive, des programmes
de récupération éducative des travailleurs jeunes et
adultes, coordonnés avec l’EDA et l’EPA.
Il s’agit de politiques prioritaires qui doivent se
mettre devant la certification des compétences. Si
l’on prétend de ne plus avoir des processus
d’exclusion et de différentiation sociale et
éducative des travailleurs, il faudrait favoriser
des situations de reconnaissances des savoirs. Il
faut encore recréer une croissance soutenue et
régulée par un État qui intervienne dans la
médiation des processus sociaux, la seule garantie
pour acheminer l’éradication de la pauvreté et de
l’exclusion.
(*)Actuellement, l’augmentation des coûts des
matières premières provoque une forte inflation des
prix de la chaîne alimentaire qui, sans doute, aura
une incidence sur l’augmentation de la
marginalisation et l’exclusion, avec la conséquence
sur la faim de la population et le non respect du
droit à la nourriture.
Tableau 4