Séminaire Virtuel de l’ICAE en vue de CONFINTEA VI
 

 

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Commentaire de Eliane Cavalleiro, Geledés - Brazil

 
Ana Agostino a mis l’accent sur des aspects importants pour l’éducation des adultes depuis le regard de la pauvreté, l’éducation et le travail.  Mais, courant également le risque de sembler monothématique, je crois que nous ne pouvons pas cesser de mettre l'accent sur la race, le racisme et ses dérivés en tant qu'éléments qui accentuent les inégalités dans ces trois domaines. 

Le racisme est présent au niveau mondial : En Russie il y a des attaques violents contre des africains, des asiatiques et des latino-américains. En Grande-Bretagne, plusieurs asiatiques et noirs perdent des emplois à cause de la discrimination raciale. Au Guatemala, la Commission Nationale contre la Discrimination et le Racisme a constaté que les indigènes sont des victimes du racisme dans tous les domaines du bien-être social. Nous avons ici, dans ce séminaire, les présentations de Vilma MC Clenan (Jamaïque) et de Fanny Gómez  (Colombie)  qui ont contribué avec des réflexions sur ce sujet.  Ce sont des exemples qui reflètent une tendance mondiale.

Le racisme et la discrimination raciale ne peuvent pas être interprétés comme des éléments spécifiques d’un pays, ou comme une question périphérique dans le sujet de l’éducation, surtout de l’éducation des adultes. Les gouvernements font des efforts pour que cet agenda reste caché. Je crois que nos efforts seront affaiblis si nous oublions cet agenda, si nous laissons tomber les conquêtes de la 3ème Conférence Mondiale contre le Racisme de Durban (2001). 

L’UNESCO a communiqué récemment (30/04) que le Brésil est loin d’atteindre l’égalité raciale dans l’éducation. Mais l’UNESCO et le Brésil présenteront les objectifs pour l’EPT sans considérer l’égalité raciale comme un objectif à atteindre! Ce n’est pas possible de suivre des procédures non considérés. Si l’on repère l’inégalité, pourquoi ne pas chercher à l’éliminer?  Pourquoi ne pas expliciter sa recherche?

La question à poser à l’État brésilien est la suivante : quelles sont les difficultés et/ou les obstacles pour prendre la lutte contre le racisme et la discrimination raciale comme un axe dans les politiques éducatives? Durban (2001) n’a déjà signalé ce besoin? La question à nous poser à nous, des militants pour une éducation pour tous et toutes est: dans quelle mesure le composant racial constitue-t-il un élément à être considéré quand il s’agit de discussions, de recherches et d’élaboration de politiques pour l’éducation des adultes?

 Ana Agostino a raison quand elle affirme qu’éliminer la pauvreté et l’inégalité est une tâche importante. Mais il faut considérer, quand même, que ce sont les causes structurelles de l’inégalité et de l’exploitation, et non ses effets parmi lesquels la pauvreté- qui ont besoin d’une attention immédiate et l'investissement de ressources pour les affronter et les éliminer. Parmi les différents producteurs d’inégalités, le racisme est signalé comme celui qui produit plus d’inégalités dans le cas du Brésil et de l’Amérique Latine car, en mettant des barrières aux noirs et aux noires pour l'accès à des biens sociaux et à des politiques publiques, il restreint leur possibilité d'accumuler des richesses à travers le travail. La richesse et les biens sociaux sont détournés directement vers les privilèges de la population blanche (Werneck, 2006).

Je n’ignore pas la problématique vécue par les femmes blanches, une problématique qui continue d'être élaborée au cours du dernier siècle par le mouvement féministe. Encore, les femmes noires se trouvent dans des rapports sociaux complexes, qui articulent la discrimination raciale de la part des femmes et des hommes blancs, et de genre, de la part des hommes noirs et blancs. Ce processus met les femmes noires dans un cercle maudit de pauvreté: du chômage, peu d’éducation, des problèmes physiques et mentales, l’absence des droits et une faible participation dans la structure du bien-être social, etc.

Face à cette réalité, nous pouvons parler de la «racialisation» de la pauvreté. Cette connaissance nous oblige à considérer la lutte contre la pauvreté, le racisme et le sexisme comme des axes fondamentaux des actions.

L’absence explicite de ce sujet et sa configuration comme un objectif dans des documents importants tels que la Déclaration d’Hambourg (1997), la Déclaration du Millénaire (2000) ou d’autres comme celui qui présente le principe qui guide la mission de l’ICAE (
www.icae.org), rend peut-être naturel son invisibilité dans l’analyse et l’élaboration des politiques.  Cette absence ne peut pas être considérée, je crois, comme la non existence de la problématique raciale. Au contraire, l’absence doit être entendue comme la force des idées dominantes dans la société puisque, malgré sa présence significative dans la société, des politiques sont élaborées sans considérer son existence. On peut dire que sa non observance garantit le renforcement du racisme, de même que d’autres facteurs de l’exclusion social (ethnie, régionalisme).
Le fait de penser une éducation des adultes en vue de la justice sociale, économique et politique, rend la recherche des relations de genre, raciales et ethniques essentielle. 

Penser au «droit universel à l’éducation, une vie en harmonie avec l'environnement, le respect pour la participation active des femmes et des hommes dans les décisions qui touchent leurs vies» tel qu’il est postulé dans le principe qui guide la mission de l’ICAE, est aussi penser au besoin de lutter contre le racisme et le sexisme, penser à une éducation qui aide les personnes a comprendre et à agir dans la lutte contre le racisme et le sexisme, dans la lutte contre la discrimination raciale et de genre, penser à un processus d’éducation qui les permette de construire une vision positive sur la diversité raciale et les différences de genre.

J’aimerais, donc, vous présenter quelques propositions d’actions que j’avais déjà présentées à notre rencontre à Nairobi, Kenya (2007), pour intégrer notre débat.

Propositions et actions

En ce qui concerne spécifiquement l’organisation/ la réalisation de la CONFINTEA VI nous, hommes et femmes, devons:

1.  Plaider pour la création d’une commission d’experts sur le sujet du racisme et de l’antiracisme pour que la politique d’éducation des adultes puisse être élaborée et exécutée tenant compte du besoin de combattre le racisme.

En ce qui concerne les actions qui impliquent l’éducation des adultes, nous devons:

1.      Stimuler et appuyer les États dans l’application du Plan d’Action de la 3ème Conférence Mondiale contre le Racisme (Durban, 2001);
2.      Stimuler et appuyer la création et l’évaluation de politiques publiques affirmatives pour l’accès et la permanence des femmes noires dans l’éducation supérieure;
3.      Stimuler l’élaboration/ l’exécution de politiques publiques de formation et de formation de professionnels de l’éducation pour l’enseignement des relations raciales et de l’histoire des africains en Afrique et la Diaspora;
4.      Stimuler la production/ la distribution de matériel didactique  pédagogique qui obtienne le respect et la mise en valeur de la diversité raciale et ethnique;
5.      Stimuler les Universités pour qu’elles incluent dans la formation initiale des maîtres et des maîtresses d’école le sujet de la lutte contre le racisme et de la discrimination raciale;
6.      Stimuler / encourager la participation de la société civile organisée (des activistes et des académiciens) dans l’élaboration des politiques publiques.
7.      
Pour que nos institutions agissent dans la lutte contre la pauvreté, nous pouvons penser à:

1.      Travailler pour la transversalisation des sujets concernant la race et l’ethnie;
2.      Faire des recherches et la diffusion des inégalités ethniques et raciales, y compris la dimension des inégalités entre les femmes, dans le but de faire des progrès dans la compréhension et la connaissance sur l’intersection race/genre;
3.      Diriger et stimuler des campagnes de mobilisation et d’éducation sociale pour la création de milieux engagés dans l’élimination des inégalités ethniques et raciales;
4.      Évaluer l’utilisation des ressources existantes dans la création de l’inclusion/ la participation des femmes noires et indigènes, ainsi que la présence de ce sujet dans les matériels (des dossiers, des livres, etc.), les rencontres et les séminaires que nous encourageons;
5.      Vérifier tous les travaux faits afin de s’assurer qu’ils affrontent la discrimination raciale.
Une donnée fondamentale à considérer est qu'afin de permettre l’accès aux instances de participation sociale, il est nécessaire d’avoir un ensemble d’outils varié et des langages capables s’occuper de la société dans toute sa diversité. Par contre, s’appuyant dans le modèle commun de la société inégale, la présence de ces inégalités ne sera pas considérée dans les mécanismes institutionnels et politiques. Et la conséquence sera la répétition des inégalités et des mécanismes de privilège. Donc, les inégalités resteront et la pauvreté avancera.

 

 

 

 

 



 

Commentaire de Carmen Colazo au document de Ana Agostino

 
Chers tous et toutes,

Je pense que le papier présenté par Ana Agostino est brillant et nous invite à réfléchir encore plus. Premièrement, je croix que ces différentes approches de la pauvreté qu´elle remarque (où elle fait référence aux documents de PNUD/NNUU, par leur compréhension de la pauvreté,  spécialement les Rapports sur les Droits de l´Homme),  aussi que les conceptualisations sur l´exclusion sociale et la désaffiliation sociale (Robert Castels) sont très importantes pour travailler cette relation qui nous convoque. Il est très intéressant d´ avoir en compte le fait que la désaffiliation sociale fait référence au processus dans lequel les personnes créent des chemins vers la pauvreté et l´exclusion, parce que les politiques devraient avoir en compte, d´une façon préventive, les groupes qui puissent être exposés à ces chemins (par exemple, les femmes adultes de classe moyenne qui divorcent ou deviennent veuves dans ce nouveau concept de flexibilisation de travail, ou bien les maîtresses de maison qui peuvent aussi être des candidates spéciales pour un futur de pauvreté si elles n´ont pas passé par un processus éducatif).

La plupart de nos politiques sont fondés exclusivement sur les classes sociales plus basses, lesquelles sont caractérisées comme celles qui vivent sur moins d´un dollar par jour, sans penser au fait que ces filles/garçons, adultes qui n´aient pas d´accès à des nouvelles technologies, à des compétences pour la vie en communauté, seront plus exposés/ées à une désaffiliation assuré aussi qu´ à l´exclusion et à la pauvreté. Les politiques sur l´exclusion (qui n´impliquent pas de pauvreté mais de marginalisation sociale de certains groupes même de classes sociales plus accommodées) ne sont pas suffisantes, non plus. Je suis préoccupée par ces questions, parce que la globalisation actuelle est en train de déterminer des concentrations de la richesse et de pouvoir, sans précédent, ce qui peut occasionner dans le futur l´augmentation des statistiques de pauvreté (sur la caractérisation de personnes avec moins d´un dollar, ce qui est très douloureux parce que nous ne pouvons même pas imaginer une vie avec un tel revenu, et tout ce cela implique).

De même que les statistiques d´exclusion sociale qui sont en train d´augmenter. Les processus éducatifs ont toujours déterminé des chemins vers le développement. Il faut parier sur l´éducation, mais il faut le faire d´une façon agile et approprié au rythme des temps vertigineux, turbulents, instables, en favorisant le développement humain qui dans les contextes peut avoir des différentes significations, qu´il faut connaître, relever et adéquater dans des politiques effectives et efficientes. Il faut aussi avoir compte du fait que les DESC sont très intimement reliés. Ils sont indivisibles et ils doivent être travaillés politiquement d´une façon universelle et dans l´ensemble.
Je vous embrasse vous tous et toutes.



 

 


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