Séminaire Virtuel de l’ICAE en vue de CONFINTEA VI
 

 

English - Español

Contribution au séminaire virtuel d’ICAE sur les migrations:
L’AFRIQUE THEATRE DES MIGRATIONS HUMAINES

Babacar Diop Buuba
 Président de la PAALAE


 
La réflexion sur les migrations africaines a ceci donc d’intéressant qu’elle informe sur la formation des civilisations africaines, mieux encore elle fraie la voie pour la compréhension des mouvements des populations dans le monde. Ces mouvements de population dans notre continent ont été tellement intenses dans le passé et elles continuent de l’être que certains penseurs n’ont pas manqué d’en faire une des caractéristiques principales de l’histoire africaine.

1. Les migrations anciennes
Ainsi Claudio Moffa trouve qu’un des facteurs déterminants de l’histoire africaine est «la lutte entre segments lignages ou groupes ethniques opposés et en particulier dans l’Afrique primitive l’affrontement pour le contrôle des ressources naturelles: fleuves et lacs, terres cultivables et/ou  d’élevage, zone de chasse, mines etc.» Claudio Moffa, l’Afrique à la périphérie de l’histoire, Paris, l’Harmattan, 1995). L’auteur, historien et journaliste italien étale ainsi sa conception simpliste et réductrice de l’histoire africaine. Il est possible tout en tenant compte de l’importance des migrations africaines de trouver les anneaux du continuum, sans oublier les moments de ruptures dans cette longue évolution.

A. Mabogunje dans une contribution intitulée «géographie historique: aspect économiques» insiste sur les facteurs géographiques qui expliquent l’ampleur des flux migratoires dans certaines parties du continent.
«…les prairies africaines ont offert à l’homme de jadis des ressources considérables. Elles étaient non seulement plus faciles à défricher, mais aussi plus facile à parcourir. La facilité de déplacement a été le facteur décisif du peuplement. L’Afrique est par excellence le continent des grandes migrations humaines, dont certaines sont désormais reconstituées grâce aux témoignages archéologiques, ethnologiques, linguistiques et historiques. Ces grands mouvements de population ont eu leur importance pour la rapidité de la diffusion des idées nouvelles et spécialement des outils et des techniques. Cette propagation a été parfois si rapide que les recherches tendant à identifier les lieux d’origine de telle ou telle innovation se heurtent souvent à de grandes difficultés. La mobilité de l’homme a toujours été un facteur vital pour l’organisation des populations en entités politiques. Les savanes africaines ont donc jouer un rôle bénéfique en favorisant, en Afrique, les conditions préliminaires à la naissance des états» (Histoire générale de l’Afrique, UNESCO, op. cit. p.372).

Ces migrations peuvent être violentes ou non violentes et ont produit des résultats contrastés.
«D’une part, en effet, elles créent le progrès parce que leurs nappes successives et convergentes assurent peu à peu la prise de possession sinon la maîtrise du continent et, grâce aux échanges qu’elles suscitent, elles exaltent les innovations par une sorte d’effet cumulatif. Mais  en revanche, les migrations, en diluant la densité du peuplement dans un espace démesuré, interdisent aux groupes humains d’atteindre le seuil de concentration à partir duquel la fourmilière humaine est contrainte de se dépasser en invention pour survivre. La dilution dans le milieu géographique augmente l’emprise de ce dernier, et tend à ramener les premiers clans africains vers les origines obscures où l’homme se frayait un enfantement douloureux à travers la croûte opaque de l’univers inintelligent» (J.Ki Zerbo, «De la nature brute à une humanité libérée, in HGA, UNESCO, op. cit. p.778-780)
Ces mouvements déjà forts dés la préhistoire ont été parfois accélérés durant l’antiquité, aux temps intermédiaires jusqu’aux périodes modernes et contemporaines.

2. Migrations récentes

En 2002 les statistiques du Haut Commissariat des réfugiés (HCR) mentionnaient 19,8 millions de personnes relevant de sa compétence dont 4,2 sur le continent (3,3 millions de réfugiés, 500000 déplacés et 267000 rapatriés (UNHCR, mai 2002, Afrique, faits et chiffres)
«Ces flux  de populations qu’on qualifie d’involontaires, sont souvent le fait de guerres civiles de l’oppression gouvernementale, de bouleversements politiques, de persécutions à l’encontre d’un groupe ethnique, politique ou religieux ainsi que de catastrophes environnementales comme la sécheresse et la famine. Ces facteurs se combinent à un système régional troublé par le nouvel ordre international issu de la fin de la guerre froide, le faible niveau de développement économique, les violations réitérées des droits humains ou encore la circulation de nombreuses armes sur l’ensemble de la région» (cf. Donata Gnisci, Marie Trémolières et Karim Hussein, «interaction entre conflits et migrations involontaires en Afrique de l’Ouest: pour une approche régionale intégrée et concertée, octobre 2003, Paris 2003, Publication du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, scoping study, p 12)
Face à cette situation différente des réponses émanent soit des Etats, soit de la société civile.

3. La réponse des Etats

Le NEPAD qui a suscité un certain espoir aux prés des Etats, voire de l’opinion africaine et internationale n’a paradoxalement pas abordé la question des migrations africaines. On pourrait à la rigueur relever la question de l’élimination des barrières on tarifaires (cf. la partie V Programme d’action, le point C mobilisation des ressources et C2 Initiative pour l’accès des marchés et le sous point IX). On pourrait aussi exploiter le point B Priorités sectorielles, B2, mise en valeur des ressources humaines, le sous point III inversion de la tendance à la fuite des cerveaux.

L’absence de concentration sur les migrations se confirme en analysant le discourt du président Obansanjo dans le «sectoral Program Overview», 2003/2004) et aussi dans le rapport du Président du steering committee et du Directeur Exécutif du Secrétariat le Professeur Wiseman Nkuhlu: aucun mot sur les migrations. Il faut reconnaître que l’Union Africaine par contre  a bien perçu l’enjeu et c’est le président Konaré qui a lancé l’idée d’un passeport africain.

4. Rester ou partir

Les héros du roman d’Aminata Sow Fall, intitulé Douceurs du bercail ont opté pour le retour au pays mais avec une perspective claire: reconstruire leur terroir. Leur conviction est aussi exposée.
«Le plus dur aujourd’hui est que l’espoir s’en va… Aimons notre terre, nous l’arroserons de notre sueur et la creuseront de toutes nos forces, avec courage. La lumière de notre espérance nous guidera, nous récoltons et bâtirons. Alors seulement nous pourront emprunter les routes du ciel, de la terre et de l’eau sans être chassés comme des parias. Nous ne serons plus des voyageurs sans bagages. Nos mains calleuses en rencontreront d’autres en de chaudes poignées de respect et de dignité partagée…» (cf. A. Sow Fall Douceurs du bercail, CAEC éditions Khoudia, (Dakar), NEI, Abidjan, 1998).

Ce mouvement de retour qui a commencé à se dessiner dès le début des années 70 a été illustré par le film Safrana de Sidney Sokona de Mauritanie; des ONG comme le GRDR (Groupe de Recherche et de Réalisations pour le Développement Rural dans le Tiers Monde en France et en Afrique) des centres de formation comme le Centre de Bakel dont les activités courent le Sénégal, le Mali et la Mauritanie au moins sont une excroissance de cette dynamique

Des ONG comme l’USE (Union pour la Solidarité et l’Entraide au Sénégal qui vient de célébrer en 2005 son cinquantième anniversaire) des fondations comme la FRAO (Fondation Rurale de l’Afrique de l’Ouest) entreprennent des initiatives durables dans ce qu’il est convenu d’appeler le co développement.

CONCLUSION

Aussi donc on constate à la lumière de nos réflexions sur les migrations inter africaines et extra africaines que les migrations sont révélatrices de situations et tendances écologique socio politiques, économiques et culturelles. Elles sont ou peuvent être sources de progrès, cause de régression, facteur de statu quo. On peut saisir les opportunités qu’elles offrent dans le cadre de la mondialisation, si on parvient à trouver un consensus «qui doit déboucher sur un plan d’action commun. L’ensemble de ce processus pour finalité de faire de la migration un vecteur de développement économique et sociale» (point de vie de l’OIM exprimé lors du séminaire du GRDR en 2000).

Le FORIM (le Forum des organisations de Solidarité Internationale issues des Migrations) crée en 2002, met en évidence «la double appartenance en faisant la promotion d’actions conduites en France autour de l’intégration, de l’échange culturel et d’actions de développement vers le pays d’origine».

La commission Mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation, mise en place par l’OIT et don le rapport a été publiée en 2004 formule de recommandations sur les mouvements internationaux de personnes». Ces recommandations concernent trois (3) niveaux:

- les conventions et les obligations internationales

- le dialogue entre les pays distinction au sujet des grandes questions d’intérêt commun

- un cadre institutionnel plus général pour les mouvements internationaux de personnes (cf. op. cit. p. 110).

Le rapport invite à renforcer le pouvoir des organisations multilatérales s’occupant des mouvements de personnes (notamment l’OIT, l’OIM, les organes des droits de l’homme de l’ONU et le HCR et à améliorer la coordination entre ces instances. La participation des organisations de la société civile à la réflexion et dans les plans d’action pourraient être une contribution décisive à condition qu’elle mêmes coordonnant leurs actions.


 


Programme